C’est l’histoire d’un organe assez particulier et que l’on ressort de temps en temps en science. Ce n’est pas vraiment une histoire d’amour, ni un drame. C’est plutôt l’histoire de deux choses dont on se demande si elles pouvaient cohabiter.
La question de la foi en science a toujours été présente. De l’étudiant en TP qui se met à prier pour que ces expériences marchent à la sommité qui s’interroge sur la nécessité de la religion dans le monde, la foi (nous) (vous ?) passionne.
Personnellement, je suis convaincu que l’on peut diviser la question de la foi et de la science en deux :
- Peut-on croire en étant scientifique ?
- Doit-on avoir la foi pour être scientifique ?
A la première question je répondrai oui sans hésiter. Non pas par expérience personnelle, mais parce que des gens que je connais sont croyant (et même pratiquants) tout en poursuivant un début de carrière scientifique.
Pourtant, ces cas constituent plus une exception qu’une règle. Il est facile de trouver une contradiction entre la méthode scientifique et rationnelle basée sur des faits et une croyance, quelle qu’elle soit d’ailleurs. Selon les cas que j’ai pu observer, le tout est une question de dosage, de comment croire et comment concilier les deux extrêmes, comment interpréter les textes. Je ne pourrais pas répondre à leur place et vous dire précisément comment ils font, étant foncièrement athée (et probablement irrécupérable sur ce plan-là).
A la deuxième question je répondrai non sans la moindre espèce d’hésitation.
Dans le film « Contact » (réalisé par Robert Zemeckis), la scientifique incarnée par Jodie Foster effectue un voyage à travers le temps et l’espace pour aller rencontrer une espèce d’une autre planète. Mais, incapable de ramener la moindre preuve de son voyage, elle en appelle à « croire en ce qu’elle avance ». Sans la moindre preuve, personne ne veut la croire.
La foi n’est pas un instrument scientifique valable pour la simple et bonne raison que ce qui compte en science, ce n’est pas ce en quoi vous croyez mais ce que vous pouvez prouver. La preuve, l’évidence scientifique est au centre de toute découverte, de tout travail scientifique. La théorie de la relativité est devenue une théorie scientifique sérieuse quand on a pu lors d’une éclipse totale de soleil en Afrique montrer que la gravitation déviait les rayons lumineux. Dans quasiment chaque édition de chaque publication scientifique est publié un article portant sur la validité des données (les « technical comments »).
Pourtant, bon nombre de critiques de la science en général et de l’évolution en particulier brandissent l’argument que l’évolution, qu’ils appellent affectueusement « darwinisme », est en fait un système de croyances et de valeurs proche de n’importe quelle religion : on vous demande de croire sur parole ce que disent les scientifiques, sans poser de question.
Rien ne saurait être plus faut.
La science est un avant tout un mode de réflexion basé sur le réel, basé sur l’examen minutieux et rigoureux de preuves, de faits et d’évidences. Je n’ai jamais vu un évolutionniste brandir « On the Origin of Species » et clamer haut et fort que ce livre contenait toutes les réponses et qu’il fallait y croire sur parole. De la théorie de l’évolution telle que l’a proposé le grand Charles, il ne reste quasiment que la sélection naturelle (encore que même elle a du plomb dans l’aile). Les théories scientifiques changent au fur et à mesure des découvertes. La biologie moléculaire a ainsi révolutionné notre vision de l’évolution des espèces.
Le changement est tout simplement le moteur de la science, pas celui de la foi.
Du reste, je disais plus haut que lier croyances et science tenait plus de l’exception que de la règle. On peut donc considérer qu’un esprit scientifique pet s’allier facilement avec un athéisme. Un nombre considérable de scientifiques se considèrent comme athées. Moi-même, je suis à ranger dans le camp des PZ Myers et autres Richard Dawkins. Je pourrais donc me poser dans un sens la question type œuf-poule : dans mon esprit légèrement tordu, qui de l’athéisme ou de l’esprit scientifique est arrivé en premier ?
C’est Obion qui, involontairement, peut me donner un élément de réponse. Il propose ainsi que ce ne soit pas juste une poule, mais une poule portant un œuf (de mâle qui plus est) qui soit arrivée en premier. On peut appliquer ici le même raisonnement et dire que ni l’athéisme, ni l’esprit scientifique ne sont arrivés en premier mais qu’ils étaient tous les deux présents au début dans ma cervelle un peu bizarre.
Je n’ai donc la foi en rien. Je conclurai ce billet en vous disant ce que j’ai envie de répondre à chaque fois qu’on me demande si je crois en (un) dieu :
« Non, je ne crois pas en dieu, j’ai déjà du mal à croire en l’Homme. »
