C’est le temps (de retard donc) que j’ai mis pour écrire cette note. L’aéroport de Tempelhof à Berlin a fermé ses portes à la fin du mois d’octobre. La région de Berlin comptait jusque-là trois aéroports : celui de Tempelhof qui vient donc de fermer ses portes, celui de Tegel d’où partent les vols des « grosses » compagnies, et celui de Schönefeld qui est techniquement situé dans le Land de Brandenburg (Les Lands allemands sont l’équivalent de nos régions. La ville de Berlin est un également un Land.).
L’aéroport de Tempelhof n’était quasiment plus utilisé. Sa situation en plein cœur de la ville et ses pistes courtes avaient détourné les gros vols vers Tegel. Certains avions d’affaire privés se posaient encore à Tempelhof, mais l’aérogare était littéralement vide la plupart du temps. Economiquement parlant, la fermeture s’imposait, mais c’est une page importante de l’histoire de Berlin qui se tourne.
Je ne vais pas vous refaire un cours d’histoire sur l’aéroport (wikipédia est ton ami), en tout cas sur l’histoire ancienne de l’aéroport, sachez juste que Orville Wright (l’un des frères du même nom) y est passé un jour et que c’est dans cet aéroport qu’a été fondée la compagnie Lufthansa. Les bâtiments actuels ont été conçus par l’architecte hitlérien Albert Speer dans le plus pur style nazi, c’est-à-dire des bâtiments absolument immenses sensés donner un sentiment de grandeur. L’aéroport ne fut pas détruit pendant la deuxième guerre mondiale, ce qui est proche du miracle, tant la capitale allemande fut bombardée. Ce n’est « que » trois ans après la fin de la guerre que cet aéroport est devenu célèbre.
Avant toute chose, il faut rappeler qu’à la fin de la guerre, Berlin, tout comme le reste de l’Allemagne a été divisée en 4 zones d’occupations : russe à l’est (qui est devenue Berlin-Est), américaine, britannique et française à l’ouest (qui sont devenues Berlin-Ouest). Berlin-Ouest s’est retrouvé au beau milieu de la zone d’occupation russe de l’Allemagne. L’aéroport de Tempelhof s’est retrouvé en pleine zone américaine Berlinoise. Au début de la guerre froide (brrrrrr), Berlin est devenu un endroit où s’est cristallisée la guerre froide et toutes ses tensions, et est devenu un point très important pour les leaders à l’Est comme à l’Ouest. Staline a mal supporté de voir un îlot de décadence occidentale en pleine zone communiste civilisée. Il a donc essayé d’absorber Berlin-Ouest de la façon suivante. Berlin-Ouest était approvisionné principalement par route grâce aux autoroutes (Autobahns) en provenance d’Allemagne de l’Ouest (qui ne s’appelait pas encore Allemagne de l’Ouest). Staline a tout simplement fait couper ces routes « pour travaux ». Le plan était d’affamer la population de Berlin-Ouest pour qu’elle se tourne vers les magasins de Berlin-Est et leurs prix défiant toute concurrence.
Les Alliés ne sont pas restés les bras croisés. En ce début de guerre froide, il était très important de marquer son territoire et de ne pas céder un pouce de terrain. Berlin-Ouest ne pouvait pas passer à l’Est. L’approvisionnement de Berlin-Ouest a donc été décidé. Mais pourquoi l’avion ? Pour des raisons pratiques très simples. Il y avait trois couloirs aériens entre Berlin-Ouest et la future Allemagne de l’Ouest où les vols alliés pouvaient survoler la zone d’occupation russe en toute légalité. Abattre ou même attaquer un avion dans ces couloirs était un acte d’agression. Arrêter un train en rase campagne pendant des heures ne constituait pas un acte d’agression. Et pour arrêter un avion qui vole, soit il se pose tout seul, soit on le force à se poser (ce qui est dur), soit on l’abat. Donc, pour continuer à approvisionner Berlin-Ouest, l’avion était la meilleure solution : il aurait fallu que les Russes veuillent faire une guerre chaude et abattre un avion pour arrêter le processus.
Berlin-Ouest a donc été approvisionné exclusivement par avion entre le 24 juin 1948 et le 11 mai 1949, soit presque un an. Presque un an de vols quotidiens pour livrer à une population tout ce dont elle avait besoin : nourriture, vêtements, et même charbon pour le chauffage pendant l’hiver (qui heureusement n’a pas été très vigoureux cette année-là).
Tempelhof était le seul aéroport à Berlin-Ouest. Tempelhof a quelque part sauvé Berlin-Ouest et ses habitants.
Après la fin du blocus, Tempelhof est devenu un aéroport comme les autres. Les vols commerciaux réguliers ont été depuis transférés vers Tegel, puis vers Schönefeld. Il a été progressivement désaffecté pour ne plus servir à grand-chose au point de vue aviation. D’où sa fermeture. Pourtant, ce n’est pas avec facilité que les berlinois ont dit au revoir à cet aéroport. Un vote public a été organisé pour si les habitants voulaient le garder ouvert ou non, la fermeture a été voté d’une courte tête, je crois. Une pétition a été lancée quelques semaines avant sa fermeture pour tenter de renverser le processus, en vain. Dans la semaine qui a précédé la fermeture, des avions de l’époque du blocus ont fait plusieurs vols d’honneurs depuis et vers Tempelhof. J’ai ainsi pu voir au dessus de mon laboratoire voler des bombardiers américains des années 50. Ils volaient très bas et en formation serrée, très impressionnant.
Maintenant il faut tourner la page et songer à l’après.

Merci pour cette page d’histoire. Billet instructif et même émouvant !