Préparez le gâteau et les bougies, éteignez les lumières…
Faites un vœu, soufflez…
Voilà qui est fait, bravo, vous venez d’avoir 60 ans.
La déclaration universelle des droits de l’homme a eu 60 ans cette semaine. Elle est née en 1948, le 10 décembre pour être précis. On ne peut qu’être fier qu’au sortir d’une guerre ignoble et meurtrière, des gens bien intentionnés aient eu envi de dire “plus jamais ça”, d’inscrire les droits fondamentaux des membres de l’espèce humaine dans un texte en l’espèce fondateur pour qu’ils soient respecté partout dans le monde, même par le plus petit des dictateurs à moustache et à bras qui se lève. On ne peut que respecter cette action, cette volonté de faire respecter les droits fondamentaux de vie, de dignité, d’éducation, et d’autres choses encore.
Pourtant, indécrottable cynique que je suis, je ne peux m’empêcher de pouffer un peu envers ceux qui pensent que ce texte contrôle vraiment le monde qui nous entoure. Je n’arrive pas à imaginer que ce texte, aussi fondamentaux soient les principes qui aient gouvernés à sa création, puisse avoir une grande influence dans les grande décisions qui sont prises quotidiennement.
Ce texte, aussi magnifique et poétique soit sa prose, n’est respecté par personne, ou plus exactement, ce texte n’est pas respecté par ceux qui devraient le respecter, à savoir les grands des grands dirigeants. Vous savez, ceux aux lèvres desquels nous, pauvres mortels qui méritons à peine l’infime brindille de succès qui nous tombe dessus une à deux fois par vie (si on a de la chance), sommes pendus, tels le ruban adhésif orné de cadavres avec six pattes et deux paires d’ailes à la lampe qui éclaire le bureau d’où j’écris ces quelques lignes. Ces grands ce monde ne considèrent le texte de la déclaration dans leurs décisions uniquement quand cela les arrange, c’est-à-dire pas souvent, si j’en crois mon interprétation de ce qui se passe dans le monde.
Ainsi, notre cher, tendre et petit président (que le monde nous envie et convoite sa femme) usait et abusait des droits de l’homme pendant sa dernière campagne présidentielle en annonçant la création d’un (sous) ministère dévolu à cette question seule et surtout en annonçant que ces droits de l’homme présideraient à chacune de ses décisions concernant ce qui se passerait hors de nos très chères frontières. Le constat est amer. La secrétaire d’état, Rama Yade de son état civil, a été déboutée par son ministre de tutelle il y a quelques jours à peine. Les conseillers de ce ministre que je ne nommerai pas pour m’éviter de m’énerver contre Bernard Kouchner s’y connaissent en timing.
L’exemple le plus flagrant du passage au second plan des droits de l’homme reste bien sûr la Chine et les émeutes survenues au Tibet quelques mois avant le début des olympiades. Le silence observé par les grandes puissances que j’ose à peine qualifier d’occidentales reste pour moi le plus bel exemple de la très haute considération qu’ont nos dirigeants pour les droits de l’homme, surtout face à des intérêts économiques. Le monde s’est couché face à la Chine, parce qu’en plus de fournir une bonne partie de nos biens manufacturés, ce pays commence à nous servir de banque. Il est difficile d’imaginer comment un président de la république puisse un instant remettre en cause les intérêts économiques des grandes entreprises françaises en Chine et de leurs dirigeants sous prétexte qu’on tue, qu’on réprime, qu’on emprisonne des gens qui n’aspirent qu’à ce qui pour nous autres semble naturel.
Bien sur, il existe bien d’autres exemples que la Chine, il est facile de lui casser du sucre sur son grand dos, mais ils ne sont pas les seuls. Entre tous, saluons la Birmanie et le Zimbabwe.
Entre la realpolitik et les droits de l’homme, entre l’homme et le profit, j’ai bien peur que ce ne soit que le profit et la realpolitik qui aient leur mot à dire au final. Dommage, c’était un beau texte.
Un beau texte, certes, mais un texte de principe, qui n’oblige ou n’engage à rien. C’est peut-être une clef du problème. Il est hypocrite de s’offusquer que personne ne respecte un texte non restrictif. Les hommes sont de grands enfants, ils ont parfois besoin de se faire taper sur les doits, histoire de se faire rappeler les principes fondamentaux. Si quelqu’un veut bien se donner la peine. Les hommes sont censés naitre libres et égaux en droit, il serait bon de le rappeler à certains.
La Déclaration universelle des droits de l’homme est-elle pour autant inutile ? Je vais délaisser mon costume de cynique de service et répondre non à cette question. Ce texte a au moins le mérite d’exister. Déjà que le monde est une belle pagaille avec, j’ose à peine imaginer ce qu’il serait sans. De plus, les institutions qui en découlent, à savoir l’ONU et toutes les organisations associées, même si elles font parfois rire le cynique que je suis, servent parfois à quelque chose. S’il est possible d’aider quelques personnes sur cette planète, alors ces institutions, alors ce texte n’auront pas servis à rien.
Rendez-vous dans 60 ans.
