Darwin est considéré aujourd’hui par beaucoup, moi compris, comme un génie scientifique. Qu’il qit révolutionné la biologie et la science est aujourd’hui incontestable, mais ce n’est pas ce qui le range au rang de génie pour moi. Darwin a été un homme d’une intelligence et d’une clairvoyance que peu de ses contemporains et de ses successeurs ont eu. À partir d’observations faites au cours de son voyage autour du monde (le bien nommé HMS Beagle World Tour) il a déduit que les espèces évoluaient au cours du temps en s’adaptant à leur milieu de vie et que celles-ci étaient apparentées. Cette déduction n’a pas été un coup de chance : il a réfléchi, muri son argumentation des années durant, ne publiant son livre le plus célèbre 20 ans après être rentré de voyage.
Darwin a prédit deux choses essentielles dans la théorie de l’évolution. Premièrement, les espèces evoluent au cours du temps par le mécanisme de sélection naturelle. Deuxièmement, les especes sont liées entre elles, elles sont cousines. De ces conclusions, Darwin a tiré une (seule) figure dans son livre On the Origin of Species :
Figure qui explique les relations de parenté entre les espèces par un arbre généalogique où chaque nœud est un événement de spéciation (quand une espèce mère forme deux espèces filles) et les feuilles sont les espèces elles-mêmes.
Or qu’ouïs-je, qu’entend-je, que neige !
La revue américaine New Scientist couvre (c’est à dire que sa couverture titre sur, j’aime bien inventer des néologisme, ça me sort du train train quotidien)
Darwin was wrong
ou
Darwin avait tort
pour les non-anglophiles.
Comment, on m’aurait menti, mon maître à penser a pu avoir tort sur la theorie de l’évolution ?
Ah non, tient. Il y a marqué À propos de l’arbre de la vie en petit. Je n’avais pas bien vu.
L’article auquel la couverture fait référence parle en fait des progrès et des avancées qui ont été faits dans la compréhension de l’arbre de la vie ces dernières années. À partir des années 70, les scientifiques ont pu séquencer un nombre toujours plus grand de séquences génétiques, d’abord de l’ARN, ensuite de l’ADN pour les utiliser pour reconstruire des arbres de la vie, que nous appelerons par la suite arbres phylogénétiques dans un soucis constant d’utiliser un vocabulaire toujours plus abstrait et abscon histoire d’aliéner chaque jour un peu plus le grand public (qui n’y comprendra jamais rien à rien…). La raison est que l’ADN est la molécule porteuse de l’information génétique, la recette qui permet de fabriquer un être vivant et c’est elle qui est transmise de génération en génération.
Or, plus on a séquencer des séquences, plus on s’est rendu compte que l’arbre de la vie, c’était le bordel, si vous me permettez l’expression. Les chercheurs ont vu que les histoires individuelles des gènes ne collaient pas avec l’histoire (supposée) des espèces, surtout chez les bactéries. Ils se sont rendus compte que ces charmantes bébêtes passaient leurs temps à échanger du matériel génétique, des morceaux d’ADN entre des espèces pas du tout proches. Un peu comme si vous absorbiez de l’ADN d’une plante… On appelle ces échanges des transferts horizontaux, par opposition aux transferts “verticaux”, de parents à descendance.
Ces transferts rendent la construction d’un arbre de la vie pas simple du tout. Vu que l’on étudie les gènes pour trouver les liens de parenté entre les espèces et que l’histoire des gènes est très différente de l’histoire des espèces, l’arbre de la vie ressemblerait pour certains plus à une toile qu’à un arbre. J’ajouterai aussi que ces transferts rendent la définition d’espèce chez les bactéries très compliquée (ça et d’autres choses).
Donc oui, Darwin s’est trompé sur l’arbre de la vie. Lui qui le voyait simple et presque uniforme, le voilà transformé en toile, en réseau. Darwin avait tort et n’avait aucun moyen de s’en rendre compte. Darwin avait tort car il n’avait pas accès à des donnés qui n’allaient apparaître que plus d’un siècle plus tard. Darwin s’est trompé car il ne savait même pas ce qu’est le gène ou l’ADN. Il était contemporain de Mendel, le père de la génétique et possedait une copie de ses travaux mais ne les a jamais lu.
Donc oui, Darwin a eu tort, mais on peut difficilement lui jeter la pierre, encore moins se servir de cela pour vendre du papier. Car New Scientist a utilisé cette erreur de Darwin pour en vendre du papier. Mais c’est très dangereux. D’une parce que l’indication du sujet de l’erreur (l’arbre de la vie, et uniquement cela) n’est indiqué qu’en tout petit par rapport au gros titre : il faut s’approcher pour savoir de quoi il en retourne. De deux parce que ce n’est qu’à la lecture de l’article que le mal est dissipé et que la vrai raison de l’erreur de Darwin est révélée. Et l’article, il faut se le taper. Non pas qu’il soit mal écrit, loin de là, mais (trop) peu de gens auront le courage et la motivation pour lire l’article en question. Et que penserons l’immense majorité des gens qui verront la couverture d’un œil distrait ? que Darwin s’est trompé, sans savoir sur quoi ni pourquoi.
Et voilà comment d’une idée servant à faire vendre du papier, un magazine scientifique fait le jeu des ignorants et des créationistes et des pseudo-scientifiques.
Dommage, l’article était plutôt bon.

Bonjour et merci pour cet article qui remet les choses à leur place: un seul reproche, Darwin n’avait pas tort avec un “t” final!!
Merci de me signaler mes fautes d’aurtograffe. Personne n’est à l’abri d’erreurs stupides…