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Archive for the ‘Évolution’ Category

Deuxième billet consacré à la conférence de Cold Spring Harbor Labs, cette fois sur les ouais cool.

Le niveau général des conférences était très élevé, malgré tout ce que j’ai pu dire de méchant, en tout cas du point de vue strictement scientifique. Quelques conférences ont dépassé le lot, la plupart du temps par un bon lien entre fond et forme : un sujet pas totalement inintéressant en soi traité de la bonne manière, soit un bon dosage entre fond et forme. Il s’agit là d’une liste faite à partir d’impression à chaud et de relecture de notes à froid sous la forme de liste sans lien évident entre toutes ces conférences.

C’est David Kingsley qui le premier retint mon attention, avec les honneurs puisqu’il parlait durant la première session, le premier soir. Un grand merci aux organisateurs qui ont pensé à tous les européens assistant à la conférence en organisant une session le tout premier soir, ce qui revenait à assister aux conférences après plus de 24 heures sans dormir. Ce cher David étudiait les liens entre mutations dans le génome et gros changements phénotypiques (perte ou gain de nageoire, ou autre) en utilisant des poissons comme outils de base, ce fut très intéressant et instructif.

Ce fut ensuite au tour du grand, de l’immense Brian Charlesworth d’illuminer la conférence en parlant de l’influence et de l’importance de la recombinaison en évolution. Rappelons que la recombinaison est l’échange d’ADN entre chromosomes, c’est un phénomène très commun (même dans vos chromosomes) et très étudié. Ce cher Brian a fait honneur à son statut de star dans le domaine.

Deux conférences dans la session sur l’évolution culturelle ont retenu mon attention, l’un par Daniel Dennett et l’autre par Matt Ridley. Le premier a parlé des mots et de leur évolution pour argumenter du fait qu’ils sont un exemple parfait de mèmes. Un mème est une entité culturelle (un mot, une pratique culturelle, une méthode de travail, une recette de cuisine) qui se transmet (se réplique), évolue et est soumis aux lois de la sélection naturelle. C’est à Richard Dawkins que l’on doit la définition d’un mème dans son livre Le Gène Égoïste par en 1976. Personnellement j’adhère à l’hypothèse des mèmes comme éléments essentiels de l’évolution culturelle même si sa plus grande faiblesse reste l’absence de support (ou vecteur). Pour mieux comprendre, un gène ayant pour support l’ADN, si un mème peut être comparé à un gène, alors nous ne connaissons pas d’équivalent de l’ADN pour les mèmes.

Matt Ridley a lui parlé de l’importance des échanges dans l’évolution culturelle et du fait que sans échanges il y a récession (pas économique mais évolutive). L’échange est un des moteurs de l’évolution, sous la forme de reproduction sexuée au sein d’une même espèce (comme pour nous, il faut faire du sexe pour se reproduire) ou bien entre espèces plus distantes sous la forme de transferts latéraux de gènes (un thème que j’aborderai dans le troisième billet sur CSHL). Pour l’évolution culturelle, c’est la même chose : les échanges sont nécessaire à l’évolution, un de ses moteurs. Une idée à transmettre en ces temps de fermeture plus qu’active de nos frontières à tout ce qui n’a pas l’air franchement gaulois.

Une très bonne conférence de Sarah Tishkoff a présenté les résultats d’une grande étude génétique des populations humaines du continent africain. Il s’agissait d’établir le profil génétique d’individus du plus grand nombre d’endroits, tribus, ethnies, pays possibles pour ensuite retracer les liens de parentés entre tout ce beau monde et faire le lien avec certains traits culturels comme le langage.

À signaler, deux conférences sur l’évolution humaine. L’une de Tim White parlait des données de paléontologie disponibles et de certains biais de méthodologique. Quand on fait la somme de toutes les espèces nommées dans la lignée humaine, on arrive à un chiffre assez élevé qui ne reflète souvent que le désir de reconnaissance du découvreur : chaque fois que des ossements sont découverts, on y attribue un nouveau nom d’espèce. Le problème est que l’on ne prend en compte ni la diversité phénotypique intra spécifique qui se manifeste même dans les ossements, ni le fait que d’une même espèce pourra vivre un certain nombre d’année et laisser des restes à différents temps géologiques (Tim White définit une chronospecies comme plusieurs espèces situées dans une continuité temporelle sans séparation avérée de genre, on peut résumer cela à une seule espèce identifiée comme plusieurs espèces par différents restes). Il y a dans la nomenclature de ces espèces un biais méthodologique assez important provoqué par le fait (je pense) qu’il est plus facile d’attirer l’attention avec une nouvelle espèce qu’avec des restes d’une espèce déjà identifiée.

La deuxième de Steven Pinker, sur l’évolution de la cognition, selon lui spécifique à nous, les humains. Nous avons selon Steven Pinker l’habilité unique dans l’histoire évolutive de manier des concepts abstraits et de former des interactions sociales très complexes grâce à ce formidable outil qu’est le langage. La grammaire complexe en particulier nous permet de transmettre des compétences également complexes et de former des interactions non moins complexes.

Pour donner une lecture plus générale de cette conférence, je retiendrai plusieurs choses. Premièrement, les possibilités techniques offertes par les techniques de séquençage actuelles permettent des études très poussées et très ciblées sur des questions clef de l’évolution. Ensuite, une immense majorité d’évolutionnistes peuvent être considérés comme des historiens de la biologie : ils se demandent que s’est-il passé à tel ou tel moment de notre histoire évolutive, moins quels sont les concepts globaux qui gouvernent l’évolution des espèces. Enfin, j’ai trouvé que c’est la grande question que sommes-nous qui motivent les études sur l’évolution : l’origine de la vie il y a 3 milliards d’années et l’évolution humaine.

La fin dans le prochain billet avec une conférence (et le papier qui va avec) décortiqué par l’équipe de Procrastinons un peu…

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Il y a quelques semaines, j’ai eu l’immense chance de présenter mes récents travaux lors de la conférence « Evolution – the molecular landscape » organisée au laboratoire de Cold Spring Harbor (c’est à Long Island, tout près de New York).  C’était une des grandes conférences de l’année sur l’évolution (année Darwin oblige) et une des conférences Landmark de CSHL sur l’évolution, la dernière remontant à 50 ans pil poil.

Comme dans toutes les conférences, petites ou grande, il y eu une grande consommation de boissons caféines, des jugements portés principalement sur la qualité de la restauration (très bon niveau), des célébrités, des gens moins connus, des moments de gloire, des moments de solitude.

Il y a évidemment beaucoup de choses à dire sur le plan scientifiques, vu la qualité et surtout le nombre de conférences auxquelles l’équipe de Procrastinons un peu… a assisté. Pour essayer de faire court et logique, mes réflexions post-conférence vont se composer en trois actes : les bofs, les ouais cool et le top du top du meilleur de.

Donc, commençons avec le bof.

Il est difficile de vraiment pointer une conférence décevante, sur le plan scientifique du moins, il est difficile avec le jetlag de garder les paupières ouvertes quand on s’emmerde. J’en vois une qui sort du lot, plus une intervention qui n’était pas prévue au programme.

Globalement, il y a un grand reproche que je ferai à mes collègues scientifiques, c’est qu’ils ne savent pas présenter. Certains, si, heureusement. Les conférences incriminées ne sont pas du tout dépourvues sur le plan scientifique, mais les auteurs oublient souvent la différence entre forme et fond en s’imaginant que seul le fond compte, qu’une présentation à la science solide sera intéressante d’elle-même. C’est une erreur grave qui prend forme dans l’oublie simple qu’un scientifique est avant toute chose un être humain, c’est à dire attiré par ce qui brille, ce qui est rigolo, ce qui est sexy, ce qu’il peut comprendre et assimiler dans le laps de temps très court d’une conférence : vous avez deux minutes pour gagner la foule et vous la mettre dans la poche, au delà c’est foutu.

J’ai pu donc assister à des conférences au sujet alléchant sur le papier mais qui débitaient résultat après résultat sans pause, sans consistance, sans saveur quand ce n’était pas des conférences qui essayaient vainement de résumer vingt ans de recherche en vingt minutes, le débit monocorde qui mitraillait l’audience  fait après fait.

Je retiendrai de plus particulièrement négatif dans le fond tout d’abord l’intervention impromptue de James Dewey Watson, si tenté qu’il y a eu un fond scientifique à ses paroles. Notre cher prix Nobel et chapardeur de résultats professionnel nous a donc fendu de dix minutes sur les prédispositions génétiques à telle ou telle maladie, l’autisme en particulier, entrecoupées de diverses blagues qui m’ont échappées. Polémiquement, il y est allé mollo, scientifiquement, c’était vide. Il faut préciser que ce bon vieux James présidait CSHL depuis un bon moment et que dans la salle de conférence trônait en même temps que lui son portrait plus grand que nature affublé de son éternel pull-over jaune. Bref, un moment à oublier de la part d’un contre exemple de ce qu’un scientifique devrait faire et être.

Le moment le plus désagréable pour moi fut la venue de J. Craig Venter, du J. Craig Venter Institute, sorte de Dark Vador de la science. Pour replacer un peu le personnage, c’est lui qui voulait être le premier à séquencer le génome humain pour pouvoir le breveter. Complètement (à lire sur le sujet des brevets).

Ce cher Craig n’est pas un scientifique, malgré le PhD qu’il affichait sur la page titre de sa présentation. Non, c’est un businessman, avec assez de succès du reste, mais il n’est pas et ne sera jamais un scientifique. Tout d’abord il est malencontreux de confondre code génétique et séquence génétique pour un journaliste, encore plus pour qui veut jouer au scientifique. De plus, ce bon vieux Craig présentait ses résultats sur les génomes artificiels très intéressants ; il arrive à fabriquer des génomes artificiels qui marchent à partir de bouts de vrais génomes, un peu comme Frankenstein. Pourtant jamais il n’a esquissé une once de questionnement sur les implications de ses résultats. Trouver qu’il faut ceci, ceci ou cela pour fabriquer un génome artificiel qui marche ne l’intéresse que pour le coté technique. Pourquoi le faire ? Parce que l’on peut le faire. C’est tout. Il y avait un milliard de question que Craig aurait pu se poser, jamais il ne l’a fait, c’est dommage.

Ces deux exemples précis ne sont que deux interventions dans une mer de conférences vraiment scientifiques. Quelques unes sont sorties du lot, je vous en ferai part dans le prochain billet.

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Pourquoi (pas) Lamarck

En cette année du grand Charles, j’entends à droite comme à gauche non pas des commentaires sur l’amputation de la partie essentielle de la loi Hadopi par le conseil des sages (allez donc voir chez eolas pour la traduction politique – français, son dictionnaire est à jour). J’entends par contre parler de plus en plus d’un certain Jean-Baptiste (de Lamarck de son état civil) : un petit insert dans la revue internationale du CNRS consacrée à Darwin et à l’évolution, dans certains blogs, dans certaines revues dites spécialisées, voire même il y a peu dans ma boite de courrier électronique par le biais d’une invitation pour une célébration du bicentenaire de la publication de l’œuvre majeur de Lamarck à Paris. Le courrier en question rappelle que

Lamarck tient une place importante [dans l’élaboration de la théorie de l’évolution] qu’il n’y a aucune raison d’oublier.

Divers scientifique veulent donc nous refaire manger du Lamarck au petit déjeuner, et ce pour deux raisons : Lamarck a donc été un des premiers à parler d’évolution et a aidé à faire admettre que les espèces évoluaient (et n’ont jamais cessé) ; Les idées de Lamarck n’apparaissent pas si saugrenue que cela à la lumière de récentes découvertes, notamment en épigénétique.
Rassure-toi cher lecteur, il ne s’agit pas ici de refaire le procès Lamarck contre Darwin. Je ne suis pas un Darwiniste, encore moins un Lamarckiste. Je suis juste un évolutionniste et je vais essayer d’expliquer pourquoi nous ressortir Lamarck ressemble à une bonne idée qui n’en est pas une.
Tout d’abord, resituons.

Lamarck est la génération antérieure à Darwin : il est né en 1744 et est mort en 1829. Tout cela et bien plus encore, vous pourrez le retrouver sur sa page wikipedia (j’ai la flemme de faire le lien). On lui doit quelques livres, dont la Philosophie Biologique publié il y a tout juste 200 ans (la coïncidence me trouble en cette heure matinale).
On doit à Lamarck (et à quelques autres) l’invention du terme « biologie » au début du XIXème siècle (du grec bios vie et logos science) comme l’étude de ce qui est « commun aux végétaux et aux animaux ». On lui doit surtout, et ce n’est pas pour ça que la postérité se souvient de lui,  une des première formalisations de l’évolution des êtres vivants dans son sens littéral : les espèces évoluent au cours du temps, changent. Pour Lamarck, l’évolution des être vivants est une nécessité. Elle se dirige inexorablement vers un une plus grande complexité des êtres vivants et se fait par l’adaptation au milieu. Pour Lamarck, tout être vivant naît à partir d’un être vivant. Lamarck a donc le droit d’être crédité comme étant celui qui aura posé les bases théoriques de l’évolution. Darwin, qui avait, comme le grand Pierre l’aurait dit, oublié d’être con, ne s’était pas trompé en admirant notre Jean-Baptiste.
Pourquoi alors c’est Charles que l’on célèbre et pas Jean-Baptiste ? Parce que Jean-Baptiste, aussi génial et révolutionnaire fût-il se trompa sur le mécanisme par lequel l’évolution s’effectue.
Le mécanisme qu’avait proposé Lamarck porte encore aujourd’hui le doux nom de transmission des caractères acquis. Tout d’abord, Lamarck ne l’a pas proposé mais n’a fait que reprendre des idées très répandues à son époque. On peu résumer ces idées comme suit.
Pour s’adapter à leur milieu, les organismes acquièrent des caractères utiles au cours de leur vie et perdent des caractères inutiles. Ces caractères, acquis durant la vie sont transmis à la descendance. Le cou de la girafe est souvent cité comme exemple : la girafe a tendu son cou au maximum pour manger les feuilles en haut de l’arbre, puis a transmis son cou allongé à sa descendance. Cela a l’air clair comme de l’eau de roche, pourtant cela ne serait être plus faux.
Là où Lamarck et la sagesse populaire de son époque ont eu faux, c’est le grand Charles qui a eu juste. Le mécanisme de l’évolution n’est pas la transmission des bons caractères acquis au cours de la vie, ceux qui permettent de mieux s’adapter au milieu, mais la transmission de tous les caractères puis sélection de ceux qui permettent de mieux s’adapter au milieu par sélection des individus qui portent les caractères permettant de s’adapter le mieux (la sélection naturelle de Charles). L’acquisition de différents caractères (les mutations) et la sélection de ceux-ci sont découplés. Ces « découvertes » de Darwin ont été ensuite confirmées par la génétique et l’ADN, mais cela, ni Jean-Baptiste ni Charles n’ont pu le découvrir.
Pourtant, cette transmission des caractères acquis, que l’on qualifie assez injustement d’ailleurs de lamarckisme refait surface ces jours-ci sous couvert des récentes découvertes en épigénétique. L’épigénétique veut littéralement dire épigénétique, non pas la génétique de l’épis de maïs mais tout ce qu’il y a autour de la génétique. Il s’agit de toutes les modifications apportées à l’ADN sans toucher à la séquence génétique proprement dite (la suite de A, T, G et C reste strictement identique). Il s’agit de modifier où, quand et comment les gènes vont être exprimés (entre autre). Ces modifications sont également transmises à la descendance, mais pas de la même manière que les gènes, on parle de transmission non mendélienne.
Ces modifications sont également soumises à la sélection naturelle : l’individu portant les modifications qui permettent de mieux s’adapter sera sélectionné et aura plus de descendance. L’individu ne pourra pas au cours de sa vie acquérir des modifications bénéfiques et se débarrasser de modifications néfastes. L’épigénétique n’est pas du lamarckisme, ni de la transmission de caractères acquis.
Du reste, il me semble qu’à quelques exceptions près, c’est surtout de notre bonne vielle France que partent les appels à la reconsidération de Lamarck. En cette année Darwin, j’aurais du mal à ne pas voir ça comme une tentative un peu vaine pour les français d’avoir leur Darwin à eux et de contrer l’Anglo-Saxonie et son hégémonie scientifique. Autant replacer Lamarck à sa juste place dans l’histoire de la théorie de l’évolution est justifié, autant ressortir des concepts faux pour tenter de le replacer dans la biologie actuelle n’est pas des plus utile.

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Je l’ai dis, je le répète, la science est un monde merveilleux mais un monde cruellement merveilleux. À dire vrai, c’est un métier très dur pour lequel on trime sang et eau sur des expériences qui ne marchent qu’une fois sur dix (uniquement les jours de pleine lune, le reste du temps, c’est pire), sans compter les chefs tyranniques, les horaires impossibles, le travail les jours impossibles (dimanche et jours de fête), le manque de moyen, le manque de considération, l’absence totale de glamour du métier qui nous permettrais de séduire les membre du sexe identique/opposé (ami lecteur, raye la mention inutile, mais pas sur ton écran, sinon tu vas l’abimer) lors d’éventuels événements mondains.

Bref, le métier de thésard est un métier d’ingrat dont il faudrait être demeuré (ou cosmonaute) pour aimer ça. Il y a des fois où j’ai tout envie de plaquer pour aller vendre des disques à la FNAC ou m’engager dans les cœurs de l’armée rouge. Surtout quand on nous envoie dans des endroits pas possibles pour des conférences où il y aura trois pelé et un tondu.

Franchement, c’est dur, la vie d’un scientifique.

Tout ça pour vous dire que je ne vais pas être en mesure de poster autant que vous le souhaiteriez durant les deux prochaines semaines. Aussi pour vous faire patienter et parce que je sais que vous aimez la musique, je vous fais part de deux vidéos musicales. L’une d’un groupe français dénommé Elista, la deuxième de la dénommée Émilie Simon. Il va sans dire que je vous recommande chaudement l’audition des œuvres des artistes suscités.

À bientôt.

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Je ne dirai rien sur cette jeune et vielle besiole dont les restes très bien conservés ont été décrit dans la revue scientifique PLoS ONE, revue totalement libre d’accès si vous voulez y faire un tour. Je ne dirai rien sur les différentes notes de blogs que ce vieux fossile a engendré, ni de l’incroyable mais réjouissant buzz dont ce squelette a fait l’objet ces derniers temps.

Je dirai juste que j’ai manqué à la raison première de tenir un blog, l’urgence.

Je n’ai pas capté le buzz d’ida et vous ai privé d’une note de blog aussi instructive que possible sur tous les petits secrets de ce sac d’os.

Je m’en excuse, mais cela se reproduira.

PS. d’autres bloggueurs ont bien évidemment parlé de ce buzz vieux de 47 millions d’années, allez donc voir là-bas et puis là-bas aussi tant qu’on y est.

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Le propre du blog, c’est l’urgence. La plupart des billets de n’importe quel blog s’inspirent de l’actualité, qu’elle soit sportive, judiciaire, artistique, scientifique ou le plus souvent personnelle. C’est donc sans vergogne que je vais cracher sur cette règle non écrite de la blogosphère et parler de quelque chose publié il y a trois ans (et dire combien trois ans c’est long dans la blogosphère, où le temps s’accélère et tout est démodé après trois mois maximum) à savoir un article publié dans le magazine australien, magazine dont il serait insultant de le traiter de vulgarisation scientifique, je veux dire insultant pour les magazines qui en font vraiment, de la vulgarisation.

Cet article parle d’un certain Danny Vendramini, « biologiste théoricien amateur » pondeur d’une « théorie » sur l’ADN non codant qui compose bien 98% de votre génome. Je n’ai rien de particulier contre ce gentil monsieur ni contre sa « théorie » mais le texte publié est assez représentatif de tout ce qui relève de près où de loin à de la pseudoscience. Ce monsieur défend sa « théorie » comme une théorie scientifique valable, je vais (essayer de tenter de) montrer ce en quoi il n’en est rien (mais alors rien du tout.)

Commençons d’abord par entendre ce que M. Vendramini a à dire. Il propose que certains facteurs environnementaux (non, il ne s’agit pas de petits Olivier Besancenot déguisés en plantes vertes) peuvent induire des changements dans l’ADN non codant, l’ADN poubelle comme le nomment ceux qui n’en savent pas plus que leur voisin sur la question. Ces changements peuvent ensuite être transmis à la descendance.  M. Vendramini propose que ce sont les réponses émotionnelles à ces facteurs environnementaux soient codées dans notre ADN non codant. Il donne à ce processus le joli nom de teemosis – vague néologisme tiré d’un autre néologisme teem voulant dire « Trauma Encoded Emotional Memories » ou mémoire émotionnelle codé par trauma.

Notre scientifique en herbe (il doit avoir entamé sa soixantaine à l’heure qu’il est) va plus loin en proposant que ce mécanisme puisse expliquer l’explosion cambrienne, il y a 500 millions d’années (en gros) (il s’agit d’une diversification extrêmement rapide de diverse formes de vie et de divers plan d’organisations il y a 500 millions d’années donc, formes de vie dont la grande partie s’est éteinte peu de temps après.) Rien que cela.

On peut commencer à rigoler devant l’absence d’éléments concrets qui viendraient étayer ces propositions. Or des mécanismes, il n’y en a pas. Il est impossible à l’heure actuelle d’expliquer comment un changement d’ordre émotif, psychique, se traduise au niveau physiologique puis au niveau biologique : comment coder les émotions dans l »ADN ? Faute de mécanisme, il est impossible de considérer sérieusement la « teemosis » comme théorie scientifique.

C’est à ce niveau que ce situe une des fautes les plus graves (et sans doute les plus récurrentes), à savoir confondre théorie et hypothèses en science. Les deux sont liés, mais ne représentent en aucun cas la même chose. Un hypothèse est ce qu’elle désigne : quelque chose d’hypothétique, qui n’a pas (encore) été prouvé et qui est soutenue par presque rien. À partir d’hypothèses, les scientifiques conçoivent des expériences et font des observations. Une théorie en science est un cadre d’idée qui permet d’expliquer des observations et des faits. Elle découle toujours de ce qui a déjà été observé et de ce qui est connu. Même s’il est possible de formuler des hypothèses à partir de théories, une théorie est beaucoup plus qu’une simple hypothèse.

Aussi attirante soit l’hypothèse de notre biologiste amateur, elle n’a rien qui puisse la placer au rang de théorie scientifique. Désolé.

J’aurais personnellement pu avoir une plus haute estime de cette hypothèse si ce n’était pour les erreurs émaillant l’article et les déclarations de notre amateur.

L’article parle d’un « autre processus évolutif marchant en parallèle à la sélection naturelle ». J’ose espérer qu’il n’est pas question de la « teemosis » mais bien de l’évolution neutre (le drift génétique, tout ça.) Il est connu depuis des années que la sélection naturelle n’est pas la seule responsable de l’évolution des espèces vivantes sur cette planète et qu’il est facile de voir les effets des petites tailles de populations (oui, la taille compte) sur l’évolution des gènes (cours de génétique des populations, première année de fac si ma mémoire est bonne.)

Ensuite, le mécanisme proposé par notre amateur relève purement et simplement du lamarckisme. Il s’agit de transmettre à notre descendance une réponde acquise à un événement donné. C’est du même ordre que les girafes qui allongent leur cou pour mieux voir lors des concerts, voire même que c’est le besoin qui crée la mutation. L’évolution marche selon un principe assez simple. Il y a des mutations aléatoires dans votre ADN, dans la lignée germinale pour être précis, celle qui donne naissance à vos cellules sexuelles, spermatozoïdes pour vous messieurs, ovules pour vous mesdames. Ces mutations sont ensuite transmises à la descendance chez qui elles vont s’exprimer. C’est à ce moment que va jouer la sélection naturelle : selon que ces mutations permettent d’avoir plus ou moins d’enfants, elles vont être plus ou moins transmises aux générations suivantes. C’est à cette étape que peut jouer la dérive génétique.

Donc, il n’y a rien de probant dans ce que dit notre amateur. Ce qu’il pose n’est pas une théorie et ne peut guère accéder au rang d’hypothèse valable. J’ajouterai qu’il tire une certaine fierté de son statut d’amateur. Peut-être que le problème vient de ce statut. Un professionnel a reçu une formation lui donnant les outils factuels et théoriques lui permettant de savoir où poser les questions scientifiques et comment les poser. Un amateur, non. Je reprendrai à mon compte cette phrase de François Mitterrand qui disait qu’en politique, le meilleur des amateurs ne vaudra jamais le plus mauvais des professionnels. En science également, apparemment.

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Il y a quelques jours, j’étais parti explorer l’ouest de la noble et belle patrie de Goethe pour aller dans une conférence organisée à Cologne ayant pour thème général les variations dans le génome. La conférence en elle-même était basée sur un principe intéressant : des compagnies de biotechnologies sponsorisaient l’événement en échange de stands dans le hall du centre de conférence. Ceci garantissant une gratuité totale de la conférence : il faut d’habitude débourser une bonne centaine d’euros pour pouvoir assister à ce genre de conférence. Seul hic, la quasi absence d’advertisement de cette conférence : des noms prestigieux mais pas de pub. Dommage. Le résultat de cette gratuité a été une forte concentration estudiantine dans la salle de conférence que je ne peux qu’applaudir : ouvrir la science au monde passe obligatoirement par les étudiants.

Je passerai sur les différents talks qui ont émaillé cette conférence. Il y a eu du bon et du moins bon, dans le contenu comme dans le contenant. Il y a eu aussi une conférence « grand public » très intéressante, objet principal de ce billet.

Le conférencier était (est toujours) Steve Jones, gallois de naissance vivant à Londres (ce qu’il n’a pas manqué de rappeler) et auteurs de nombreux livres sur l’évolution que je n’ai pas lu puisque je ne connaissais pas ce monsieur avant cette conférence. Le titre «  Is human evolution Over? » ne laissant guère la place à l’à priori, c’est bien d’évolution humaine qu’il a parlé.

Je ne ferai qu’effleurer l’anthropocentrisme flagrant de ce talk alors que d’autres sujets sur l’évolution auraient été tout autant intéressants et même vendeurs. C’est bien le contenu même du talk et son message qui a retenu l’attention (et a alimenté les conversations le soir même) : l’espèce humaine n’évolue plus. Pour illustrer son propos, Steve Jones utilise trois arguments : les mutations, les différences de succès reproductif et la taille de populations.

Steve Jones commence par expliquer que ce sont les mâles qui sont responsables de la majeur partie des mutations : la lignée germinale (lignée de cellules sexuelles, spermatozoïdes pour vous messieurs, ovules pour vous mesdames) mâle a beaucoup plus de divisions cellulaire que la lignée femelle, donc beaucoup plus de mutations (la réplication de l’ADN à chaque division cellulaire est loin d’être parfaite.) De plus, plus un monsieur vieillit, plus sa lignée germinale accumule des mutations. Donc plus on fait des enfants vieux, plus ceux-ci vont avoir de mutations dans leur ADN.

Steve Jones observe que dans les pays développées, les hommes ont des enfants certes pas très jeunes, mais pas vieux non plus : on observe un pic de reproduction vers 30 ans, contre une distribution beaucoup plus diffuse dans les pays en voie de développement.

Point de mutations = point d’évolution.

Cet argument peut être contré en disant simplement que moins de mutations n’est pas point de mutations. On en voit des mutations, même dans les pays développés, et il n’y a pas que les mâles dans la vie, les femelles (pardon mesdames) ont aussi un rôle à jouer dans cette histoire. Un enfant se fait toujours à deux, le clonage reproductif n’existe pas encore.

Le deuxième point est la différence de succès reproductif. Steve Jones argumente que dans notre société moderne, avec les progrès de la médecine, il est possible de guérir de maladies autrefois mortelles, ce qui provoque la fin de différences de survie : presque tout le monde peut survivre. Ceci est, selon Steve Jones, suivi d’une diminution des différences dans le succès reproductif. Or ces différences sont le nerf de la guerre de l’évolution : sans différences de succès reproductif, la sélection naturelle ne peut tout simplement pas agir.

Soit deux individus, A et B. A est porteur d’une mutation qui fait qu’il a moins de chance de faire des enfants (disons qu’il s’agit d’une mutation qui lui faire dire des âneries dans une rendez-vous galant.) Puisqu’il ne peut pas avoir autant d’enfants que son pote B, on va voir dans une cours de recréation quelques années plus tard plus d’enfants de B que d’enfants de A. Donc la mutation que porte A sera moins transmise et sera progressivement éliminée de la population.

Ce que Steve Jones ne voit peut-être pas, c’est que des différences de succès reproductif, on en voit encore et toujours, même jusqu’aux portes très développées du siège du Medef. Tout d’abord vivre plus longtemps ne signifie pas avoir plus d’enfants. Heureusement pour les bactéries et les éphémères. Ensuite, Certaines (de plus en plus en fait) personnes sont stériles ou moins fertiles que certaines en tout cas (on mesure ça à l’aide d’études de fertilité où des gens font dont de leurs personnes et de leur temps à la science toujours reconnaissante.) Si cela n’est pas de la différence de succès reproductif, je ne sais pas ce qui l’est.

Le troisième point concerne l’augmentation de la taille de population. La population humaine croit. Or, la taille de population est un paramètre clef en l’évolution : plus une population est petite, plus la sélection naturelle sera inefficace, mais surtout plus il y aura d’évènements dus au hasard. On appelle cela le drift, la transmission aléatoire des gènes sans que la sélection naturelle puisse efficacement intervenir. Ce drift a une puissance incroyable car il peut faire en sorte que des mutations ayant un effet négatif soient quand même transmises à la génération suivante.

Selon Steve Jones, exit donc ce drift. Ce que Steve Jones ne dit pas, c’est que le grand brassage génétique consécutif aux grands flux de migrations entre les hommes et leurs femmes ouvre de nouvelles voies pour l’évolution. Brasser des gènes signifie lier des gènes qui n’ont jamais été ensembles auparavant et tester ces nouvelles combinaisons génétiques par la sélection naturelle. En génétique comme ailleurs, le mélange a toujours du bon.

Voilà donc pour l’argumentation de Steve Jones. Pourtant, il oublie un point central en évolution : le milieu. L’évolution n’est que l’adaptation au milieu par le biais de la sélection naturelle. Pas d’évolution pourrait se produire uniquement si notre milieu ne change plus. Or s’il est bien un domaine où l’homme et sa femme excellent, c’est la modification destruction de son milieu. Au delà de ces considération écologistes, le milieu change de toute manière : les climats changent, la nourriture change, les prédateurs changent, les bactéries pathogènes ou non changent, les virus changent. Tout change, à plus ou moins petite échelle de temps. Est-ce qu’il change assez pour qu’on en ressente les effets à notre échelle ? Sans doute non dans l’immense majorité des cas. Pourtant, même à notre échelle, les hommes et leurs femmes évoluent : l’augmentation de la taille moyenne en est un parfait exemple.

Pas de bol, hein, vous n’êtes pas immuables.

En même temps, ce serait vite emmerdant, non ?

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