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Pourquoi (pas) Lamarck

En cette année du grand Charles, j’entends à droite comme à gauche non pas des commentaires sur l’amputation de la partie essentielle de la loi Hadopi par le conseil des sages (allez donc voir chez eolas pour la traduction politique – français, son dictionnaire est à jour). J’entends par contre parler de plus en plus d’un certain Jean-Baptiste (de Lamarck de son état civil) : un petit insert dans la revue internationale du CNRS consacrée à Darwin et à l’évolution, dans certains blogs, dans certaines revues dites spécialisées, voire même il y a peu dans ma boite de courrier électronique par le biais d’une invitation pour une célébration du bicentenaire de la publication de l’œuvre majeur de Lamarck à Paris. Le courrier en question rappelle que

Lamarck tient une place importante [dans l’élaboration de la théorie de l’évolution] qu’il n’y a aucune raison d’oublier.

Divers scientifique veulent donc nous refaire manger du Lamarck au petit déjeuner, et ce pour deux raisons : Lamarck a donc été un des premiers à parler d’évolution et a aidé à faire admettre que les espèces évoluaient (et n’ont jamais cessé) ; Les idées de Lamarck n’apparaissent pas si saugrenue que cela à la lumière de récentes découvertes, notamment en épigénétique.
Rassure-toi cher lecteur, il ne s’agit pas ici de refaire le procès Lamarck contre Darwin. Je ne suis pas un Darwiniste, encore moins un Lamarckiste. Je suis juste un évolutionniste et je vais essayer d’expliquer pourquoi nous ressortir Lamarck ressemble à une bonne idée qui n’en est pas une.
Tout d’abord, resituons.

Lamarck est la génération antérieure à Darwin : il est né en 1744 et est mort en 1829. Tout cela et bien plus encore, vous pourrez le retrouver sur sa page wikipedia (j’ai la flemme de faire le lien). On lui doit quelques livres, dont la Philosophie Biologique publié il y a tout juste 200 ans (la coïncidence me trouble en cette heure matinale).
On doit à Lamarck (et à quelques autres) l’invention du terme « biologie » au début du XIXème siècle (du grec bios vie et logos science) comme l’étude de ce qui est « commun aux végétaux et aux animaux ». On lui doit surtout, et ce n’est pas pour ça que la postérité se souvient de lui,  une des première formalisations de l’évolution des êtres vivants dans son sens littéral : les espèces évoluent au cours du temps, changent. Pour Lamarck, l’évolution des être vivants est une nécessité. Elle se dirige inexorablement vers un une plus grande complexité des êtres vivants et se fait par l’adaptation au milieu. Pour Lamarck, tout être vivant naît à partir d’un être vivant. Lamarck a donc le droit d’être crédité comme étant celui qui aura posé les bases théoriques de l’évolution. Darwin, qui avait, comme le grand Pierre l’aurait dit, oublié d’être con, ne s’était pas trompé en admirant notre Jean-Baptiste.
Pourquoi alors c’est Charles que l’on célèbre et pas Jean-Baptiste ? Parce que Jean-Baptiste, aussi génial et révolutionnaire fût-il se trompa sur le mécanisme par lequel l’évolution s’effectue.
Le mécanisme qu’avait proposé Lamarck porte encore aujourd’hui le doux nom de transmission des caractères acquis. Tout d’abord, Lamarck ne l’a pas proposé mais n’a fait que reprendre des idées très répandues à son époque. On peu résumer ces idées comme suit.
Pour s’adapter à leur milieu, les organismes acquièrent des caractères utiles au cours de leur vie et perdent des caractères inutiles. Ces caractères, acquis durant la vie sont transmis à la descendance. Le cou de la girafe est souvent cité comme exemple : la girafe a tendu son cou au maximum pour manger les feuilles en haut de l’arbre, puis a transmis son cou allongé à sa descendance. Cela a l’air clair comme de l’eau de roche, pourtant cela ne serait être plus faux.
Là où Lamarck et la sagesse populaire de son époque ont eu faux, c’est le grand Charles qui a eu juste. Le mécanisme de l’évolution n’est pas la transmission des bons caractères acquis au cours de la vie, ceux qui permettent de mieux s’adapter au milieu, mais la transmission de tous les caractères puis sélection de ceux qui permettent de mieux s’adapter au milieu par sélection des individus qui portent les caractères permettant de s’adapter le mieux (la sélection naturelle de Charles). L’acquisition de différents caractères (les mutations) et la sélection de ceux-ci sont découplés. Ces « découvertes » de Darwin ont été ensuite confirmées par la génétique et l’ADN, mais cela, ni Jean-Baptiste ni Charles n’ont pu le découvrir.
Pourtant, cette transmission des caractères acquis, que l’on qualifie assez injustement d’ailleurs de lamarckisme refait surface ces jours-ci sous couvert des récentes découvertes en épigénétique. L’épigénétique veut littéralement dire épigénétique, non pas la génétique de l’épis de maïs mais tout ce qu’il y a autour de la génétique. Il s’agit de toutes les modifications apportées à l’ADN sans toucher à la séquence génétique proprement dite (la suite de A, T, G et C reste strictement identique). Il s’agit de modifier où, quand et comment les gènes vont être exprimés (entre autre). Ces modifications sont également transmises à la descendance, mais pas de la même manière que les gènes, on parle de transmission non mendélienne.
Ces modifications sont également soumises à la sélection naturelle : l’individu portant les modifications qui permettent de mieux s’adapter sera sélectionné et aura plus de descendance. L’individu ne pourra pas au cours de sa vie acquérir des modifications bénéfiques et se débarrasser de modifications néfastes. L’épigénétique n’est pas du lamarckisme, ni de la transmission de caractères acquis.
Du reste, il me semble qu’à quelques exceptions près, c’est surtout de notre bonne vielle France que partent les appels à la reconsidération de Lamarck. En cette année Darwin, j’aurais du mal à ne pas voir ça comme une tentative un peu vaine pour les français d’avoir leur Darwin à eux et de contrer l’Anglo-Saxonie et son hégémonie scientifique. Autant replacer Lamarck à sa juste place dans l’histoire de la théorie de l’évolution est justifié, autant ressortir des concepts faux pour tenter de le replacer dans la biologie actuelle n’est pas des plus utile.

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